Dans les griffes du Yakuza (Rang B)
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Dans les griffes du Yakuza (Rang B)

Matsui Seiko
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Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Ven 3 Aoû - 17:47


On aimera te faire croire que tout est tranquille et plaisant, dans la petite préfecture d’Ibaraki.

Un culinaire te parlera des Natto emblématiques de la capitale, Mito, des pastèques de Kyowa, des châtaignes de la région de Nishiibaraki.
Un artiste martial t’en parlera comme du berceau de l’Aikido, et des nombreux Dojo encore ouverts à ce jour.
De façon plus générale, un touriste te parlera des ruines de chateaux féodales, ici et là, des divers arts pratiqués et renommés ici, du grand jardin de Kairakuen, du mont Tsukuba, de l’efficacité des transports et de pleins d’autres choses.

Bref, on essaiera de te vendre ce sage petit lopin de terre comme un endroit simple, une zone touriste et industrielle où tout se passe bien, où il fait bon vivre et bon visiter. On te présentera la basique fiche Wikipédia, et on osera même embellir.
Bref, on te mentira.

Parce que même le plus pur coin de paradis abrite ses sinistres zones d’ombres, ça et là. Des rues malfamées, des arnaques au touristes, des disparition en foret. La pression des Yakuzas.
Les magouilles politiques.

Mais tout ça, l’on ne t’en parlera pas, parce qu’il faut conserver une certaine image, tu vois. Que les  choses de l’ombre restent dans le nocturne, pour ne pas effrayer le touriste, affoler le citoyen lambda. Malgré ça, toutes ces choses continuent, à l’abri des regards les moins vigilants. Ce qui va nous intéresser aujourd’hui, c’est la petite mascarade de crimes en cols blancs, impunis, invisibles de tous sauf des victimes. Parfois parce que le reste du monde ne voit pas, et parfois parce qu’il détourne le regard. Qu’il fait semblant.

J’ai reçu le message un soir, alors que j’étais sur un projet pour une entreprise qui m’a sollicitée. Le Patron de brasserie traditionnelle Kuichi, victime d’une démarche que je ne connais que trop bien. Quelques différences, oui… Mais quelque chose de trop proche pour ne pas éveiller cette petite gêne familière.

J’ai plissé les yeux, puis j’ai continué à lire.

Des Yakuzas. Great. Leur habituelle méthode presque cordiale, presque légale. Presque, puisque la légalité s’arrête là où les menaces et agressions physiques commencent.  Ici, elles ont fait plus que commencer. Elles s’intensifient, s’aggravent, encore et encore, bien loin de ce que se permettent d’habitude ces criminels en costard. Parce que leurs liens tacites avec l’autorité ont normalement leurs limites.
Mais… Mais mon client pense que dans ce cas très précis, ceux-là ont peut-être des amis plus haut-placés encore. Comme par exemple Kotetsu Daiki

Un Gouverneur, une proposition d’achat, un refus. Une frustration, un Ego blessé. Alors, l’homme de pouvoir aurait usé de ses contacts. Et aujourd’hui serait la paire de mains derrière les marionnettes Yakuza.

J’ai lu ce mail, oui. Analysé les faits exposés, plissé les sourcils sur certains détails, froncé sur d’autres. Un amer arrière-goût qui entoure l’affaire. Alors j’ai accepté. Parce que la paie était intéressante, et que la chose me tenait à cœur.

Y a peu de choses qui me font tripper autant que de faire tomber de leur piédestal ce genre de petites tâches sûres de leur pouvoir, pour les voir patauger dans une boue d’emmerdes sans jamais s’en sortir par la suite.

J’ai déjà mon idée quant à l’approche. J’ai vu les détails avec mon employeur, et il a accepté.
Et nous y voilà maintenant, aujourd’hui huit heure du matin, dans les transports, un costume de salaryman sur mes épaules, un sourire narquois sur mes lèvres.
Direction le Siège de Kuichi.


Dernière édition par Matsui Seiko le Sam 4 Aoû - 13:17, édité 2 fois
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Ven 3 Aoû - 21:18


C’est là ma chance : on connaît mon nom, mais pas mon visage. On voit Matsui sur mon CV, on me pose des questions, on voit la tête de Matsui Seiko sur le même CV mais sans le nom qui va avec, et tout va beaucoup mieux. Tout va encore mieux lorsque je me présente au siège avec des lentilles de contact, un maquillage qui fausse les traits et un masque chirurgical. Aujourd’hui, le nouveau secrétaire du boss sera malade, fera l’effort de ne pas partager ses germes, et il s’appellera Daijiro Yamamoto.

Et ce sera moi. Pour ceux qui avaient pas compris.

C’était le plan. L’approche la plus directe pour constater le problème et agir au plus proche. Je peux agir à des kilomètres de distance, faire des recherches sur un ordinateur, tromper des gens derrière un écran, jouer avec des lignes de code et manipuler les lignes invisibles. Mais je n’agirais pas comme ça aujourd’hui. Aujourd’hui, mon approche va être un peu plus personnelle. Va savoir pourquoi.

C’est pour ça que me plie aux capricieuses règles du transport en commun Japonais, ce matin. Être monsieur tout le monde, être une goutte d’eau dans la foule, un type vide d’énergie et d’envie, drapé dans son costume noir, un parmi tant d’autres. Ce jusqu’à arriver sur place, avec toute la paperasse nécessaire fournie par mon employeur, de la carte d’accès au numéro de bureau qui m’est attribué.

Et j’ai été jusqu’à jouer le jeu. Faire mon petit bout de travail, avant le Conseil des Actionnaires qui se tient plus tard en fin de matinée. Ça, et me renseigner l’air de rien sur la situation. Les tenants et aboutissant, l’actuel et le passé. Voir ce qu’il s’est passé depuis leur arrivée, et ce qui est le plus susceptible de suivre par la suite. Et agir en conséquences, plus tard. C’est l’idée.

J’ai eu mon temps pour faire tout ça, jusqu’à 11h30. Et l’heure de la réunion a sonnée.

Time to scout.

***

Un bureau oval comme on peut en voir dans les films, quand plusieurs personnes riches en costard se rassemblent. Dernier étage, nuances noires blanches et grises dominantes, avec une touche de marron ça et là pour briser le monotone de cette palette de couleurs mortes. Plusieurs personnes rassemblées autour de ladite table, et moi un peu plus en retrait, tablette en main. Officiellement, je prends des notes et assiste silencieusement l’homme au bout de cette large et longue table, Akino Kiuchi, mon employeur et l’actuel PDG – et il aimerait que ça dure. Officieusement, ce petit rectangle électronique entre mes mains va servir à de tous autres desseins.

Tout le monde finit par s’asseoir, et déjà, quelques profils se distinguent. Certains hommes habillés classieux, cols serrés et cravates à couleurs sobres. D’autres habillés tout aussi bien, mais avec des cols plus libres, parfois même ouvertes, et des cravates plus bariolées. Une attitude différente, aussi.  Plus confiants, dominants, imposants, le second groupe semble intimider le premier, passivement. Sans apparente forme d’agression, leur seule présence suffit à instaurer un climat de plomb. Bref : leur méthode, leur petit manège usuel. Leur façon de dire : « nous sommes là, et nous écoutons. Faites attention à ce que nous entendions des choses qui nous plaisent ».

La réunion commence à proprement parler. Les gens de pouvoir et de décision discutent, débattent, délibèrent, le tout sous le regard inquisiteur des Yakuzas, plutôt passifs pour le moment.

Clan Kenichi. Quatre d’entre eux ici présent, dont l’Oyabun. Rien que ça.

Cette info, je l’ai en pianotant innocemment sur ma tablette, sur le côté. Des choses que j’aurais pu demander à mon employeur, mais que j’ai simplement chipé sur leurs téléphones respectifs. Un instant de concentration, quelques secondes de lecture, et j’ai eu accès à liste de contacts, numéro, messages et bien d’autres choses. C’est là toute la subtilité de ma démarche : combiner à la fois ma maîtrise naturelle des technologies environnantes, et l’utilisation physique d’autres outils entre mes mains. Hacker avec le bout de mes doigts, mais aussi avec mon esprit.

Mais bref, assez de me toucher, on a compris : je suis balèze dans ce que je fais. L’important à retenir, c’est que le volumineux à cravate violette, au milieu, c’est Buntama Kenichi, Oyabun dudit clan Kenichi. À ses côté, quelques-uns de ses lieutenants. Tous ceux-là qui pour le moment restent curieusement silencieux.

Mais ce silence ne va bien entendu pas durer longtemps. Déjà, Le gros Buntama commence à se râcler la gorge bruyamment, interrompant un des actionnaires. L’homme à sa droite se lève, et ouvre un dossier.

C’est maintenant que ça va devenir drôle.
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Ven 3 Aoû - 22:25


- Ceci étant dit Commence-t-il à se lever, un quelque chose d’intimidant dans sa prestence tandis qu’il le fait. Ces détails mis de côté, il est maintenant temps de s’intéresser à de plus intéressantes problématiques. Monsieur Kiuchi, qu’en est-il de nos honoraires mensuel ? D’aussi loin que je m’en souvienne, il avait été question d’une augmentation, n’est-ce pas?

Hints : il n’a jamais été question d’une augmentation.

Ces raclures demandent déjà infinement plus que ce que leurs compères réclament habituellement pour les mêmes démarches, et viennent par-dessus ça racketter un pécule supplémentaire. Une somme dont ils sont bien conscients qu’elle n’est ni raisonnable, ni rassemblable. Irréaliste. Bref : ils offrent une question à laquelle l’on ne peut leur répondre que « non », histoire d’avoir une excuse pour s’énerver après. Classique, sale, Kenichi. On te laisse l’illusion d’un choix avec un couteau sous la gorge.

- Je n’ai pas les moyens de vous donner plus Monsieur, nous sommes déjà dans le rouge, comme expliqué pendant la réunion.
- Allons allons…

Et il s’approche.
S’approche lentement, jusqu’à arriver au niveau du siège de Kiuchi. Dés lors, sa main vient violemment balayer la pile de paperasse sur la table, pour s’y asseoir négligemment. Tout ça sous le regard du gros Oyabun, stoïque.

- Vous êtes un homme intelligent, monsieur Kiuchi. Je suis sûr que vous saurez prendre la plus sage décision pour l’intégrité de votre entreprise. une main à l’épaule, faussement amicale, en fait serrée en une pression douloureuse. Et la vôtre.

Sourire faux, mensonger, le gorille joue sa petite mascarade avec la subtilité d’un marteau-piqueur. Puis ça continue. Une approche faussement subtile, un murmure faussement discret, mais pesé pour être entendu par tous.

- Après tout, l’avenir de vos enfants repose entre vos mains, non ? C’est le rôle d’un père, de subvenir à leur besoin.
Les protéger.


D’un côté, le sourire se renforce, de l’autre, la grimace colérique se réaffirme.

- Moi et mes associés sommes persuadés que vous serez capable d’honorer votre dette. Nous vous faisons confiance.

J’aurais aimé intervenir. Mais ce serait trop tôt. Trop impulsif, trop idiot. Pas maintenant, pas ici. Ici, je vois à qui j’ai à faire, je m’infiltre dans les portables, et je me contente de mon rôle d’élément du décor. Comme prévu.

- Cette réunion est terminée, messieurs. Passez une bonne journée.

Mon employeur conclu la séance de la sorte, quelque chose de réprimé dans la voix. Tête baisse, résigné. Désespéré. Les gens se dispersent, les Yakuzas accordent un dernier regard lourd de sens au patron des lieux, avant d’eux aussi se retirer. Bientôt ne reste que monsieur Kiuchi et moi, seuls dans cette grande pièce déserte. Et il a toujours l’air aussi défaitiste.

Heureusement, je vais avoir de bonnes nouvelles pour lui, à notre entretien de suite après.
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 12:30


- Dites-moi que vous avez quelque chose pour moi
- J’ai effectivement quelque chose pour vous.

Nous nous sommes déplacés jusque dans une pièce sans surveillance, à l’abri des regards, et l’on a commencé cette discussion. Je lui ait montré une série de message, certains qui incriminent le gouverneur, d’autres qui parlent de date et lieu de rendez-vous. Simple procédé : Prendre le contrôle de leurs téléphones via mon Alter, envoyer le contenu qui m’intéresse sur la tablette, effacer les traces. Combiner pouvoir et outils à portée de main, je vous disait.

- Parfait, je vais pouvoir présenter ces preuves à-
- Vous n’allez rien pouvoir faire du tout.

Je le coupe sèchemment, l’arrête promptement dans ses faux espoirs. Et maintenant, je vais devoir lui expliquer par A + B pourquoi l’idée qu’il allait soumettre est complètement pourrie.

- Rien de tout ça n’est suffisant à inculper un personnage aussi influent. N’oubliez-pas : il a la justice de son côté, et il est plus qu’aisé d’appeler au faux document. De plus, si vous vous impliquez personnellement dans une poursuite judiciaire et échouez à inculper le Gouverneur, la suite de vos péripéties pourrait très bien aussi en être la fin. Une fin abrupte, définitive.

Une grimace contrariée sur son visage. Il finit par me répondre, l’empressement dans la voix.

- Qu’est-ce que vous me proposez alors, de rester sans rien faire ?
- D’approfondir. Et de me laisser faire mon travail.

Quelques glissades du bout de doigt sur la tablette, et je me retrouve devant le message qui parle du rendez-vous. Je zoome dessus, surligne l’adresse, puis tape du doigt dessus.

- Je vais essayer de rassembler des preuves plus tangibles, et ça passera sûrement par cette rencontre. Lorsque j’aurais assez pour le mettre dans une position inconfortable, je m’arrangerais pour diffuser ces informations à  grande échelle, par mes propres moyens.
Si vous l’attaquez en justice ici, vous perdrez le procès, et votre réputation sera enterrée en même temps que votre entreprise. Si vous attendez que j’œuvre pour affaiblir ses fondations et mettre en lumière ses exactions, les choses auront plus de chance de se passer en sens inverse.


Les rides grimaçantes de son visage s’étirent encore un moment. Sûrement est-il impatient, sûrement en a-t-il marre.

- Très bien. Nous ferons comme vous le conseillez.

Mais comme l’a très bien dit le Yakuza un peu plus tôt, Monsieur Kiuchi est un homme intelligent : il sait ce qu’il y a de mieux pour son intégrité et celle de son entreprise.

- Parfait. Vous serez bien vite mis au courant de la progression de l’enquête. Je ne vous recontacte à priori pas, vous aurez l’occasion de constater en même temps que le reste du monde.
Bonne journée monsieur Kiuchi, et bonne chance pour la suite.

- Bonne chance à vous aussi.

Je le fixe un moment, les yeux qui étudient, un sourire dissimulé sous mon masque. Puis finalement, me retourne pour lentement sortir de la pièce, puis du bâtiment. J’aimerais que quoique ce soit de ce que je fais ait avoir avec la chance, monsieur Kiuchi. Tout serait teeeeeellement plus simple comme ça.

Anyway.
Un regard vers le message sur ma tablette, plus précisément, sur les quelques lignes surlignées. Mito Plaza Hotel, Suite 313 à 23h, ce soir.

Allons donc à l’hôtel, then.
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 13:22

19h, Mito Plaza Hotel


Un luxe omniprésent, une dominante de couleurs chaudes, de marron chocolat et de beige discret. Le Hall d’entrée est grand, trop grand, dominé par un lustre qui tuerait tout le monde dans cette pièce s’il devait tomber, tant il est gigantesque. Le cuir de canapés confortables à la réception, l’odeur alléchante en provenance du restaurant au couloir de droite, les splash, bruits de discussion et petits cris heureux en provenance de la piscine, direction couloir de gauche. Bref : un hôtel classe, aussi beau qu’il doit être cher.
Du beau et du luxuriant, pour cacher le laid et le corrompu des hommes plus haut dans les strates supérieures.

- Je suis désolé Monsieur, mais tout l’étage est réservé ce soir.
- Pardon ? Vous savez qui je suis ?

La discussion se passe plus loin au comptoir, entre un réceptionniste gêné et un quelconque homme d’influence sévèrement rembarré. Quelle que soit son influence : lorsque le gouverneur réserve un étage et qu’on le sait accompagné d’une suite de Yakuza dans son sillage, on accès à son caprice et on dit non à tout le monde se présentant à l’entrée. Et le directeur de cet hotel ne sait que trop bien l’entourage du Gouverneur, pour avoir été une victime de son petit manège. Jadis propriétaire, il n’est aujourd’hui que gérant tout au mieux, et l’endroit appartient de ce fait plus ou moins au dit Gouverneur.

La vermine se multiplie, s’étend, et sûrement qu’elle se reproduit, aussi. Pauvres gosses.

Enfin, je digresse. Tout ça pour dire que je suis en territoire ennemi. Heureusement pour moi, j’ai l’habitude de progresser en territoire ennemi. La discussion que j’écoute de loin jusqu’au comptoir, c’est avec les oreilles d’un agent d’entretien, que je l’écoute. Plus précisément, avec la tenue et le badge d’un agent d’entretien qui a accepté d’être coopératif et ne pas poser de questions contre quelques billets et une promesse de silence quant aux secrets gênants que j’ai trouvé sur son portable.

Vous seriez surpris de savoir toutes les petites hontes que l’on peut trouver dans le téléphone de monsieur tout le monde, en tirant au hasard parmi la foule.

Mais je n’en dirait pas plus, parce que j’ai promis que ça resterait entre lui et moi. En attendant, ascenseur, étage 3. Le fameux étage réservé.
La consigne donnée au petit personnel était simple : limiter les déplacements au début des couloirs, ne pas passer les cordons de sécurité.
Alors j’ai fait comme on a demandé. J’ai pris mon matériel, mon balais, et j’ai commencé à nettoyer la salle , circulaire, en longeant les murs. Des gestes répétitif, encore et encore, parce que c’est tout ce qui résume ce travail routinier : Rinse and Repeat.

Puis, à arrivé quelques minutes, j’ai lancé un faible regard vers la caméra au-dessus de moi, en-dessous ma casquette. Je l’ai quittée des yeux, j’ai posé mon matériel, sorti un sac du petit caddie d’entretien, puis suis tranquillement passé de l’autre côté du cordon.
Pourtant, sur la caméra, il y aura toujours l’image de cet homme en bleu qui balaie à tout va. On aura beau dire que c’est chiant à mourir, le balayage à ça de bien qu’il est plus que facile à exploiter, quand il s’agit de faire tourner un passage en boucle sur un écran de surveillance.

Je continue mon chemin, et réitère l’opération à chaque caméra : la manipuler avant d’arriver dans son champ de vision, donner l’image d’un néant absolu, d’un couloir vide de tout. A force, j’arrive enfin devant la Suite 313, pour me retrouver face à un lecteur de carte magnétique. L’ombre d’un rictus passe sur mon visage. Tout est décidément trop facile à ce siècle-ci.

Une autre manipulation simpliste, et la porte s’ouvre à moi, puis se referme dans mon dos, tandis que j’ouvre le sac à mon flanc. Plusieurs câbles, micros et appareils en tout genre qui dépassent.

Voyons quel genre de discours tu tiens dans le privé, Daiki.
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 14:45

23h01, Mito Plaza Hotel, Suite 313


- Vous êtes en retard.
- Rendons-nous service monsieur le gouverneur : ne me reprochez pas ma presque-minute de retard, et je ne vous reprocherais pas le retard de paiement sur l’affaire que j’ai réglé ce matin.
- J’attends simplement des résultats concrets, Monsieur Kenichi.

Un discours précédé par le son d’une porte qui s’ouvre et le bruit de multiples pas qui claquent sur la moquette de la luxueuse suite, pour ensuite s’engouffrer plus loin. Sur l’un des multiples écrans en face de moi, trois hommes assis sur un canapé – l’Oyabun au milieu, ses gorilles sur les côtés - trois hommes assis sur celui en face - le gouverneur au milieu, ses gorilles à lui sur les côtés. Debout dans les coins de la pièce, d’autres types en costard qui vérifient les entrées et regardent aux fenêtres, vigilants.

Et moi dans ma camionnette, plus bas, en retrait dans un coin plus isolé, les écrans de surveillance sous le nez. Avec toutes ces petites caméras et micros placés ça et là, j’aurais une place privilégiée en tant que spectateur de la discussion à venir. J’espère être ébloui.

- Nous avançons du mieux que nous pouvons, monsieur Kotetsu. Vous savez bien que ces gens-là sont bornés. Ils cèdent, mais ils mettent du temps à céder. Ces entreprises, c’est le travail d’une vie, un héritage, une fierté… C’est un travail lent et méticuleux, que de leur faire entendre raison.
- J’entends bien, Oyabun, j’entends bien. Mais vous savez aussi deux choses : le temps m’est une ressource limitée, et la patience une vertu inconnue.
- Etes-vous seulement familier à une quelconque vertu ?
- L’Ambition.

Les hommes échangent un sourire en coin, une espèce de tension présente dans l’échange, mais rien de très dangereux. Comme deux vieux loups qui se cherchent, se jaugent et se provoquent.

- Cela étant, Kiuchi ne devrait pas tarder à tomber. Il est acculé, votre soutien et nos manœuvres le mettent au pied du mur. Il sait qu’il va devoir bientôt céder, et s’il ne le fait pas… Comment est-ce que tu as dit déjà, Nishii ?
- « Le rôle d’un père est de protéger ses enfants, n’est-ce pas ? »
- Oui voilà, c’est ça. S’il ne le fait pas, il aura tout raté : être chef d’entreprise, et être père de famille. Il saura choisir au mieux.
- à la bonheur. Et ceux d’Ozamon, comment est-ce que ça avance ?

Ozamon et bien d’autres. Bien d’autres noms d’entreprise, corporations et institutions locales seront cité, au cours de cette petite conversation. Comme je l’avais prévu, ces vieux lascars ne sont pas du genre à faire trop confiance au Réseau, ni aux gens. Ils n’échangent pas ce genre d’information via messagers, et encore moins via messages. Alors ils se rassemblent et parlent dans des endroits qu’ils considèrent sécurisés, qu’ils considèrent terrain connu, terrain conquis. Chez eux. Après tout, sûrement ont-ils agit de concert pour avoir une mainmise commune sur cet Hotel, lorsque l’on y réfléchit bien.

Hélas, mes mignons, vous n’êtes absolument pas en sécurité ici, pas plus que n’importe où ailleurs. En les sages mots d’un joueur random de FPS lambda : Get Rekt.

La conversation tombe tout cru dans l’oreille de mes micros et le bec de mes caméras. J’ai visu sur les visages, grâce à la caméra sur la table basse entre les deux canapés, visu sur les entrées, les gestes de tout un chacun. J’ai…

J’ai visu sur le gros pif d’un type qui fixe bizarrement mon écran, au niveau de la caméra de l’ordinateur de chambre.

Je me rappelle de celle-là. Elle ressemble à une webcam, posée sur le haut d’un écran d’ordinateur dans la suite, un peu plus en retrait. Elle devrait passer inaperçue en théorie, c’est loin d’être celle que je m’inquiétais le plus de voir repérée. Et pourtant… Pourtant je me rends compte de quelque chose, en fixant. La luminosité.

C’est comme si quelque chose clignotait. Le visage du garde suspicieux, qui change de teinte toutes les secondes, légèrement. Comme si…
Comme si cette putain de caméra clignotait. Pourquoi cette putain de caméra clignote ?

- Monsieur, je crois que nous ne sommes pas seuls.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?

Air de tension, soudain. Les gorilles de chaque côté s’activent dans un climat de suspicion, se regardant les uns les autres. Et on commence à trouver mes micros, mes caméras. Lentement mais sûrement. Ils réalisent, dans un mélange de peur et de courroux. Des communications se font, par radio et téléphone, les choses semblent s’activer un peu partout à l’étage et ailleurs. Ils agissent.

- Trouvez-le.
- Bien monsieur.

Sauf que j’ai pas exactement l’intention de me laisser trouver. Clef, contact, démarrage, et ma camionnette se retire de sa ruelle à l’abri des regards. Et là en théorie, tout se passe bien, je continue sur la suite du plan sans gros accrocs.
J’y pense, tandis que je commence à rouler sur la route. J’y pense, tandis que mes yeux glissent jusqu’au rétroviseur, pour y constater un trio de berlines noires qui approche un peu trop vite, en grillant un peu trop fort les limitations de vitesse.

J’imagine que ça n’aurait pas été drôle si ça avait été si simple, hein?
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 16:33


Mais soit. Vous voulez danser ? Dansons. Rappelez-vous seulement que la piste m’appartient.

J’aurais pu bêtement mettre leurs voitures hors d’état, puis continuer ma route dans la nuit. Mais je suis… Peu confiant sur le fait de faire caler des voitures lancées à plus de cent kilomètres/heure dans le trafic sans occasionner de la casse de compétition. Pas que ça me dérange, mais j’aime autant éviter dommages collatéraux et surtout victimes involontaires. La nocturne Mito n’a rien demandé de tout ça, épargnons-lui donc tout ça.

Alors j’accélère aussi, virevolte entre les carrosseries en face de moi. C’est une autre chose, aussi : lorsque je donne mon nom, l’on s’attend à se que je me débrouille avec un clavier, pas un volant.
Surprise, je sais faire les deux.

Les rues lumineuses de Mito passent vite à ma vitrine, déformées par l’aspiration d’une vitesse dangereuse dans ces rues étroites. Les moteurs grondent, tant le mien que celui de voitures sombres qui continuent de me talonner. Et ça commence, plus tôt que je ne l’aurais pensé.

Une vitre qui s’ouvre, un homme qui s’y penche et sort arme en main. Une balle, deux, trois, quatre. La camionnette tient bon, aucune balle ne me touche pour l’instant. Mais la pression est là. Le risque est présent. Ma méthode d’aujourd’hui m’a forcé à m’impliquer physiquement dans l’affaire, et j’en paie maintenant les pots cassés.
Mais tu sais quoi ? Ca me dérange pas. Ca me fait marrer plus qu’autre chose.

Mes yeux se plissent quelques secondes, alors que je baisse mon regard vers le tableau de bord. Vers les chiffres. Je me concentre quelques secondes,puis une impulsion, une onde mentale. Au même moment, plusieurs choses :

La flèche du compteur de vitesse, qui monte d’un coup très haut, très vite.
La flèche du compteur d’essence, qui tombe d’un coup très rapidement.
Le moteur de la camionnette, qui se met à rugir comme celui d’un V10
Et enfin, la carrosserie rutilante de cette camionnette couleur nuit qui se met à d’un seul coup hurler de toute sa vitesse dans les rues, comme une étoile filante.

Quelques manœuvres risquées, pour passer entre les nombreuses voitures du trafic, et plus d’une fois, j’ai vu la mort m’accueillir au détour d’un pare-choc croisé de trop prés. Mais l’adrénaline garde mes réflexes aguerris, ma conduite souple. Je zigzague entre les différents véhicules, jette un autre regard vers le rétroviseur. Ils sont plus loin. Ils perdent leur avancée, lentement mais sûrement.
Et j’ai bien envie d’enterrer définitivement mon avance sur eux.

Alors quand je passe devant le feu vert, au détour d’un Carrefour, je lève les yeux vers le dispositif. Une pensée, une autre impulsion, et le feu vire au rouge de suite après mon passage. Coups de frein soudains, sans grosse casse si ce n’est quelques voitures qui ont jouées au auto-tamponneuses à basse vitesse – elles venaient à peine d’enclencher leur accélération.

Par contre, une route bouchée, un bel embouteillage imprévu. Allez, la bonne journée, hein.
Enfin, là aussi j’aurais aimé que ce soit aussi simple.

Quelques secondes après mon petit tour de passe-passe, je vois d’autres silhouettes mécanisées qui se profilent d’entre les voitures. Plus fines, plus élancées. Des motos, deux, pour être précis. Tseh. Vous voulez vraiment pas que cette conversation devienne publique, hein ?

Elles approchent, plus souples, moins dérangées par le trafic. Plus rapides, aussi. Assez vite, j’en ai une de chaque côté de la camionnette. La vitre teintée prés du siège conducteur de la camionnette s’ouvre sur mon visage masqué. Une main quitte le volant, pour faire coucou au motard.

-  Hi there.

Un regard, un coucou, une provocation.
Et une moto sous mon contrôle, aussi.

L’homme s’apprêtait sûrement à attaquer, me rendre ma provocation, ou faire je ne sais quoi. Le truc, c’est qu’avant qu’il fasse quoique ce soit de tout ça, sa moto a freiné d’un seul coup. Brutalement. Genre, Très brutalement. Le genre de brutal qui voit ladite moto cambrer, roue arrière vers le ciel, et s’écraser sur un panneau  plus loin. Ouais, tant pis, y aura AU MOINS un peu de casse.
Par contre, le pilote lui… Le pilote est sur mon pare-brise.  Le pilote est sur mon pare-brise, dans sa tenue de cuir, avec son casque noir sans visage. Et il y a des ongles anormalement longs qui dépassent de ses gants déchirés. Eh merde.
Matsui Seiko
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Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 17:23


J’ai pas signé pour me prendre un cosplay raté de Catwoman sur le coin de la gueule, moi.

Et pourtant, la voilà sur mon capot, cette ombre de cuir, avec ces ongles tranchants qui s’acharnent sur ma vitre. L’ombre d’une inquiétude passe sur mon regard, caché par la teinte noire du verre qui tient encore bon. Un regard de l’autre côté, et je vois l’autre motard sortir une batte métallique. Wat. Je calcule, regarde la route, analyse mon environnement. Tout ça dans l’urgence, dans l’empressement.

Le point final de ma réflexion trouve son équivalent dans le geste sec et puissant du type sur mon capot, qui ouvre un trou dans mon pare-brise de son bras, pour m’agripper au cou du même geste. Poigne forte, douloureuse.

- Arrête la camionnette et on en finira rapid-
- Pas l’temps d’écouter ton discours de sadique type, connard.

Pas le temps, ni l’envie.
Un violent coup de volant vers la droite, pour à la fois percuter la moto, et faire tanguer le type sur mon capot, qu’il perde l’équilibre vers la gauche. Ca marche. Ca marche, sauf qu’il ne me lâche pas. Qu’il a une sacrée force, et qu’il est bien parti pour  m’emmener dans sa chute si je gère ça mal.

Alors après le violent coup de volant, le violent coup de frein. Son corps commençait déjà à basculer sur la gauche, à tomber, mais son bras le retenait. Son bras qui vient juste de percuter à pleine puissance la partie gauche de la carrosserie, prés de la portière. J’ai entendu le Cling de la vitre éventrée le Clack de la carrosserie malmenée, et le Crack de son articulation brisée. Ça et d’autres choses avec, peut-être.
Mais surtout, j’ai entendu le AAAAAAAAAAAAAAAAARGH de sa chute dans mon sillage, alors que je reprend de la vitesse.So long.

Reste monsieur batte de baseball, à ma droite.
A la droite de cette camionnette encore plutôt bon état, si on ignore la vitre et les défauts de peinture sur la gauche. Seule chose que je remarque un peu après : du sang à mon épaule. Il a dû me griffer avant de choper mon cou. Et c’est seulement maintenant que ça fait mal. Adrénaline… ’Chier.

- HOME RUUUUUUUUUUN !

Vous vous rappelez quand je vous ait parlé d’une camionnette en bon état ?
J’ai menti.

À retardement, mais j’ai menti. A peine le temps de me tourner vers le taré qui gueule sur ma droite que la carrosserie mange un énorme coup de batte. Et tu me feras pas croire qu’il y a pas un Alter là-dessous : sa batte a frappée comme un bison.

Alors le métal de la carrosserie s’est enfoncé, la camionnette a tangué fort jusqu’à n’avoir que les roues de gauche au sol, et celles de droite qui disent bonjour au ciel. La seule force du coup a envoyé le véhicule sur la voie de gauche, en sens inverse, et – Dieu Merci – la voie était dégagée depuis un moment, maintenant que cette petite course-poursuite nous avait éloignée du Centre-ville.
Je stabilise, remet le véhicule sur ses quatre fers. La vitre de gauche s’ouvre sur mon visage masqué, et douloureux, sous ledit masque. Je fais coucou, encore une fois. Plus difficilement.

- Hidetaki « Home-Run » Kenichi, petit dernier du clan. Salut.
- J’avais dit à papa qu’j’me faisais un nom ! Et tu vas me servir de tremplin pour monter d’un cran, merci gars !
- Tu te fais pas un nom, j’suis juste renseigné. Cool ton Alter, d’ailleurs.
- Hein ?
- « Home-Run » te donne une force surhumaine, mais seulement pour les actions qui impliquent ta batte.
- T’as vu, trop b-
- On s’revoit plus tard, junior.

Un dernier signe de main, alors que sa moto commence à doucement perdre en vitesse, et que tous les signaux s’éteignent. Ta batte c’est ta force de frappe, ta moto, tes jambes. Sans jambes, tu peux frapper aussi loin que tu veux, j’suis plus là. See ya.
C’est dans ces moments-ci que je suis content d’affronter des gens avec une bonne notoriété dans leur milieu. Même pas eu besoin de chercher longtemps pour trouver des infos sur lui.

- REVIENS ICIIIIII !

Premier son que j’entend.
Le second, c’est le sifflement de quelque chose qui arrive vite, très vite.
Le troisième, c’est le son d’un de mes genoux qui craque.

Qu’est-ce qui s’est passé ? En quelques mots : Hidetaki, Batte, balle de baseball dans sa poche. Home run, visée approximative, trou dans la portière, collision avec mon genoux droit. Bobo. Très bobo.

Un hurlement étouffé dans les tissus, alors que la collision me fait involontairement appuyer sur la pédale d’accélérateur. Perte de contrôle momentanée, rattrapée de justesse. Je souffle un coup, puis tourne à la prochaine rue.

Je n’aurais plus de poursuivants après ceux-là. Junior a tenté son baroud d’honneur, mais m’a arraché une méchante blessure, rien de plus. Je profiterais d’une pause pour changer la plaque de la camionnette, puis m’évaporerais. Le son des sirènes de police s’élèvera un moment, mais je ne serais plus là pour m’en inquiéter.

Bien. Tout est prêt pour le bouquet final. Mais d’abord, du repos. Du fucking repos. Et faire profil bas.
Matsui Seiko
Justicier
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Surnom : Data
Profession : Ingénieur informaticien
Rang : A
Yens : 565
Renommée : 190
Alignement : Rebelle
Re: Dans les griffes du Yakuza (Rang B) || Sam 4 Aoû - 19:06

Les jours sont passés.

Ils sont passés, et je suis resté sous le radar. Ils ont cherché, c’est certain, mais ils n’ont rien trouvé. J’ai cessé toute activité, j’ai raccroché le masque de Data quelques jours, pour n’être que Matsui Seiko. A vrai dire, je doute qu’ils soient au courant que c’est bel et bien Data qui les a attaqué : Personne ne m’a vu physiquement à part les deux motards, et je n’avais rien pour m’identifier sur moi. Ils ont été piégés, surveillés, enregistrés, et ils ne savent rien de celui qui a fait ça. Ni de ce qu’il compte en faire, ni d’où il est.

Et je ne peux que rire en imaginant leur panique à des kilomètres de distance.

Et tu veux savoir c’est quoi, le plus drôle dans tout ça. C’est que The show must go on. Il faut continuer à apparaître bien, propre sur soi et fringant, en public. ‘Voyez, le gouverneur peut difficilement annuler tous ses rendez-vous et apparitions publiques sur un « désolé, on m’a découvert en train de magouiller avec un gros bonnet de la mafia, suis pas d’humeur ».
Alors faut continuer. Faut faire bonne figure, faut sourire pour la caméra, enjoliver pour les médias, entourlouper le pécore. Bref : faire de la politique, et espérer que les petits amis Yakuza finissent par trouver l’espion et lui soutirer les enregistrements.

Aujourd’hui d’ailleurs, le gouverneur de la préfecture d’Ibaraki doit faire une intervention, retransmise à la télévision et en live sur internet. Faire le bilan, proposer ses fausses solutions d’avenir, vendre les bienfaits de sa région, écarter les zones d’ombre. Comme d’hab : appâter le touriste, rassurer le citoyen, sympathiser avec la ménagère.

J’avoue que j’ai toujours été curieux de visiter le coin. Et si je m’incrustais au meeting, ça pourrait être sympa de voir ce qu’il a à dire sur sa belle région, non ?

J’arrive, Daiki, gros bisous.

***

- Et je ne peux que saluer nos ouvriers et fonctionnaires pour la rapidité avec laquelle ces travaux ont été conclus. Grâce à leur travail acharné, les transports en commun sur la capitale de Mito n’ont jamais été aussi fluides. Un grand bravo à eux!

Et ça applaudit dans l’assemblée, pleines de sourires soit hypocrites soit naïfs. Ceux qui y croient, et ceux qui savent la vérité derrière, mais ferment les yeux. Une bonne vingtaine de minutes déjà qu’il se démène sur scène, le vieux, bedonnant et souriant Gouverneur Kotetsu Daiki. Sur son promontoire, à se promouvoir, s’astiquer, se rassurer. Se rappeler à lui-même et à tous autour à quel point c’est un homme bon, tourné vers l’avenir. Un bon politicien.

- Et doutez-vous bien que je ne suis que trop conscient de tout ce que l’on doit à nos entreprises locales et aux multinationales implantées chez nous. Artisans comme géants du commerce, cette ville leur doit tous un peu de sa splendeur, et si l’on peut aujourd’hui continuer à attirer autant de touristes par-delà l’océan, c’est grâce à eux.
C’est pour ça que je me bat chaque jours pour leur accorder plus, pour les soutenir et les épauler, que le fruit de leur travail soit récompensé comme il se doit.
Aussi aimerais-je vous présenter ce court-extrait de mes différentes interventions sur le terrain, à proximité de ces gens. Des applaudissements pour nos industriels, mesdames et messieurs!


Oh mais non, mon pauvre. Tous les applaudissement te reviennent.

***

Fondu au noir, les lumières dans l'édifice se taisent. Ne reste que la luminosité des smartphone et des différentes caméras des diverses chaînes Japonaises présentes pour l’occasion.
Et l’écran derrière le gouverneur s’allume. S’allume, pour présenter une demi-douzaine d’hommes assis autour d’une table, sur deux canapés qui se font faces, avec un décor d’hôtel luxueux.. Parmi eux, le gouverneur. Et les autres visages ont une forme de célébrité, eux aussi… à leur façon. Une sinistre célébrité.

- Nous avançons du mieux que nous pouvons, monsieur Kotetsu. Vous savez bien que ces gens-là sont bornés. Ils cèdent, mais ils mettent du temps à céder. Ces entreprises, c’est le travail d’une vie, un héritage, une fierté… C’est un travail lent et méticuleux, que de leur faire entendre raison.
- J’entends bien, Oyabun, j’entends bien. Mais vous savez aussi deux choses : le temps m’est une ressource limitée, et la patience une vertu inconnue.
- Etes-vous seulement familier à une quelconque vertu ?
- L’Ambition.

Une coupure, brutale. Une autre séquence, même pièce.

- Cela étant, Kiuchi ne devrait pas tarder à tomber. Il est acculé, votre soutien et nos manœuvres le mettent au pied du mur. Il sait qu’il va devoir bientôt céder, et s’il ne le fait pas… Comment est-ce que tu as dit déjà, Nishii ?
- « Le rôle d’un père est de protéger ses enfants, n’est-ce pas ? »
- Oui voilà, c’est ça. S’il ne le fait pas, il aura tout raté : être chef d’entreprise, et être père de famille. Il saura choisir au mieux.
- A la bonheur. Et ceux d’Ozamon, comment est-ce que ça avance ?

Tout s’enchaîne vite. Vite, pour agir avant qu’ils essaient de contre-attaquer. D’autres extraits, de propos tout aussi douteux, échangés là aussi entre le gouverneur, loin des sourire qu’il porte à la caméra, et l’Oyabun Kenichi, au visage tristement connu. Ça dure sept petites secondes de plus, en une compilation de noms d’entreprise arnaquées de la même façon, précédés de mots tel que « Profit », « extorquer », « monopole ». Une phrase, avant que l’écran ne s’éteigne.
« Cette ville m’appartient, et je n’ai plus de patience pour les vermines qui continuent de résister. Écrasez-les. »

Plus rien, pendant quelques secondes. Une salle plongée dans le noir, et le brouahaha des interrogations. De l’indignation qui monte, d’abord silencieusement. Sorte de bruit de fond pas encore cacophonique, mais omniprésent.
Ça alors que le visage du gouverneur apparaît complètement apeuré, à la lumière des innombrables flash d’appareil photo qui aveuglent ses yeux perdus dans le vague.

Finalement, l’écran se rallume brièvement. Reste noir, mais avec un D qui s’affiche en son milieu. Le D Stylisé que les médias ont appris à associer à Data. Puis une voix, déformée, robotique.

« Comme il vous l’a dit : Monsieur le Gouverneur se sent très concerné par le sort des entreprises locales.

Les loups ne cesseront de se déguiser en bergers tant que vous serez des moutons. Réveillez-vous, défendez-vous.»


L’écran s’éteint, et les lumières se rallument partout dans la salle.
Se rallument sur un presque début d’émeute : une émeute de journalistes pleins de questions et accusations, d’invités indignés, et de service de sécurité débordé.
Plus loin, un peu plus isolé de la foule amassée dans la grand salle, j’éteins le téléphone jusqu’ici proche de ma bouche, puis le range dans ma poche. Je m’en irais tranquillement, sans m’inquiéter de la sécurité, parce qu’elle a autre chose à faire. Sans m’inquiéter du Gouverneur, parce qu’il va avoir bien d’autres soucis à gérer. Pareillement pour ses amis Yakuza.

Maintenant, monsieur Kiuchi. Maintenant, vous pouvez porter plainte, et vous confondre dans la masse d’autres industriels qui feront de même. Faites-moi tomber ce pantin, maintenant que je vous en ait donné les moyens.
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