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Jonah Morrison
Civil
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Profession : Psychothérapeute
Rang : B
Yens : 100
Routines || Lun 18 Juin - 9:20

Sous son bureau en bois composite bas de gamme, Jonah avait de plus en plus de mal à refréner les trépidations de son pied gauche. Écouter cette quinquagénaire étendue dans le divan, unique pièce pouvait évoquer un luxe quelconque dans cette salle exiguë, devenait peu à peu une gageure abominable dont il ne pouvait se soustraire. Stylo à la main, prêt à prendre des notes sur son calepin encore vierge, l’immigré fidjien savait qu’il n’aurait nul besoin de faire couler la moindre once d’encre. Il l’avait su en vérité dès le moment où cette chère Madame Nakagami avait franchi le seuil de son office, lovée au milieu de ce quartier de la banlieue de Tokyo.

* Plutôt bel homme, finalement, pour un étranger * Avait-elle pensé alors.

Une réflexion, suivie de quelques autres, qui eurent tôt fait de faire voler en éclats l’image de femme traumatisée et au bord du gouffre qu’elle avait certainement du vendre avec brio à son médecin généraliste afin de se faire rembourser plusieurs séances de thérapie. Plusieurs séances, dont Jonah devrait s’acquitter s’il espérait toucher son salaire forfaitaire à la fin du mois. Plusieurs séances, durant lesquelles il devrait écouter cette femme en manque d’attention tisser le fil de sa vie, une histoire qui s’avérerait certainement au bout du compte être un hybride de vérités et de mensonges savamment parsemés. Une perte de temps. Mais une perte de temps qui avait son utilité, puisqu’elle était rémunératrice. Et de l’argent, par les dieux, Jonah en avait diablement besoin.

Quelques boniments plus tard, le fidjien se relevait et présentait la porte à sa « patiente », trop heureux de pouvoir enfin mettre ses jambes en mouvement, et refermait son bureau sur cet ultime rendez-vous de la journée. Lorsqu’il se retourna et observa l’étendue étriquée de son officine, Jonah ne put s’empêcher de soupirer par le nez. Son bureau était encore nu d’une quelconque décoration et seuls quelques ouvrages hérités de ses années d’étude trônaient de façon éparse sur les étagères fixées sur des crémaillères. Ne s’attardant pas davantage, le thérapeute télépathe attrapa son trousseau de clefs das le tiroir de son bureau et quitta la pièce en la fermant à double tour. Une fois rendu dans la rue, Jonah se hâta de rejoindre l’arrêt de bus le plus proche et prit la direction du centre : à l’horizon, le soleil s’effaçait déjà derrière les gratte-ciel, et Jonah n’avait pas de temps à perdre s’il voulait être prêt à temps.

Trois changements de ligne plus tard, noyé dans la masse informe de salarymen rentrant dans leur foyer respectif, l’homme des îles se fraya un chemin dans les bas quartiers du centre survolté en permanence et rejoignit l’alignement de box de stockage où il avait sa « succursale », en contrebas d’une tour résidentielle. Surveillant les environs, tant avec ses sens communs qu’avec son talent d’empathie, il sortit une clef isolée de son par-dessus et passa rapidement à l’intérieur du box qu’il louait sous un faux nom en refermant derrière lui. Et à ce moment, enfin, Jonah se sentit baigner dans son élément, tandis que la vive lumière des néons se propageait dans l’espace rectangulaire, cliquetant au plafond comme autant d’insectes bourdonnants qui s’éveillaient subitement de concert.
Jonah Morrison
Civil
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Profession : Psychothérapeute
Rang : B
Yens : 100
Re: Routines || Mar 19 Juin - 9:24

Devant lui s’étendait à présent une myriade de petits équipements, à la confection clairement artisanale, accrochés et exposés pour la plupart à des grilles métalliques placées à la verticale. Sans s’attarder, Jonah se saisit d’un gantelet grossier d’où éructaient plusieurs fils électriques, dont certains dénudés, et d’un fer à souder. Ce gantelet, endommagé par un coup de vibrolame lors de sa sortie précédente, devrait à tout prix être réparé si le fidjien espérait lancer son opération ce soir, car en dépit de son aspect et de sa fonction rudimentaires, ce gantelet était pour le moment l’arme la plus efficace de son arsenal personnel. Jonah n’avait pu emporter que bien peu de choses depuis la Chine il y avait quelques mois de cela, et si il avait bien plusieurs pièces en cours de confection qui l’aideraient grandement une fois terminées, il devait pour le moment composer avec les moyens du bord.

Méthodiquement, le fidjien exécuta les soudures nécessaires et isolé un groupe de fils dans un boîtier, qu’il décida de sceller pour les protéger de futurs chocs dans un petit compartiment du gantelet. Ré-installant l’alimentation et la reconnectant au système d’ondulation électrique, Jonah se hâta d’enfiler sa création rafistolée et d’en faire claquer l’énergie contre le mur en béton pour s’assurer de son bon fonctionnement, puis l’enleva aussitôt pour s’occuper du reste de son attirail, encore pleinement opérationnel. Ses gestes ralentirent un instant pour la première fois lorsque son regard se posa sur son casque. Il s’agissait d’une pièce unique, usinée pour lui par un ancien camarade originaire d’Indonésie avec lequel il avait noué une certaine amitié, à l’époque de ses premiers raids de l’autre côté de la Mer du Japon. Le casque en question arborait des lignes et motifs caractéristiques du peuple où Jonah avait grandi aux îles Fidji : un rappel à ses origines que seul lui ou de fins anthropologues pouvaient comprendre.

S’agitant à nouveau dans son atelier et entrepôt de fortune, le fidjien commença à se préparer en enfilant les premières pièces de sa tenue. Celle-ci ne lui offrait qu’une protection toute relative, en particulier contre des possesseurs d’Alters puissants, mais elle pouvait malgré tout s’avérer la différence entre une égratignure et une blessure grave, ou même entre la vie et la mort. Jonah ne pouvait de toute façon pas se permettre de porter des protections plus lourdes, sous peine de compromettre sa mobilité, cruciale dans des milieux urbains denses et tortueux. Harnachant ceinture, gantelets et bandoulière, il prit finalement son casque tribal sous son bras gauche et se dirigea vers le fond du box en éteignant la lumière au passage. Il tâtonna alors quelques secondes sur le laminé plastique et inséra ses doigts dans l’encoche camouflée, tirant de faisant coulisser le panneau qui révéla l’accès caché à ce repaire rudimentaire. Se frayant un chemin entre les gaines de câbles électriques qui desservaient sans doute une partie de la résidence adjacente, il se hissa comme à son habitude dans l’étroit goulot d’étranglement en tirant profits de ses semelles antidérapantes et reparut, à l’abri des regards, sur un toit à mi-hauteur.

Contrairement à certaines nuits, Jonah savait aujourd’hui exactement où se rendre pour pouvoir occuper sa soirée de façon rémunératrice : le fruit d’un travail de terrain méthodique, « en civil », qui lui avait permis de repérer précisément l’antre avérée et puante d’un violent proxénète qui s’essayait depuis peu au racket organisé pour peaufiner son CV. Et cette nuit, d’une façon ou d’une autre, sa carcasse morte ou vive terminerait devant les portes du commissariat du district. Jonah était loin d’être un bon samaritain qui oeuvrait pour la seule sauvegarde de son prochain et d’une morale prétendument irréprochable. S’attaquer à des hommes tels que celui auquel il allait se frotter ce soir avait toutefois l’intérêt de ne lui poser aucun dilemme quel qu’il soit, ce qui lui permettait d’envisager toutes sortes de façon et de moyens souvent douloureux pour arriver à ses fins. De par ses origines et son expérience de la vie, Jonah avait une violence en lui, une violence qu’il devait extérioriser. Et rien ne pouvait s’interposer entre elle et ses proies.
Jonah Morrison
Civil
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Profession : Psychothérapeute
Rang : B
Yens : 100
Re: Routines || Mar 19 Juin - 12:09

Les bas quartiers. Une appellation paradoxales pour qualifier les parties de la ville où régnait davantage de pauvreté et de criminalité qu’ailleurs, mais qui regorgeait malgré tout de hauts buildings fendant le ciel de leurs formes géométriques. Des bâtiments plus anciens, dont la vétusté et l’insalubrité n’avaient souvent d’égal que le taux d’occupation par les gangs et autres entreprises de façade. C’était précisément dans l’un de ces buildings que se trouvait la proie de Jonah ce jour-là : avec patience et minutie, le fidjien d’origine avait escaladé toit après toit, mettant à profit son grappin de fortune et son agilité pour prendre de la hauteur, et s’était immobilisé une demi-douzaine d’étages au-dessus de sa cible, entre plusieurs exhausteurs de chaleur sur le toit. Tout en reprenant patiemment son souffle, Jonah commença à sonder les pensées et émotions qui abondaient à l’étage où était sensé se trouver sa cible.

Hidetaki Oyama. Une belle ordure, qui l’homme casqué des îles allait se faire un plaisir de livrer aux autorités mort ou vif en se servant au passage allégrement dans son coffre personnel. Lorsque Jonah se mit à percevoir plus distinctement le flot de sentiments égocentriques et de pensées violentes et perverses, flanqué par trois esprits plus calmes et concentrés, il sut qu’il touchait finalement au but. Se positionnant sur le rebord du toit, il fixa solidement son filin en acier à l’un des exhausteurs et se prépara pour une descente en rappel courte, mais vertigineuse. Inspirant plusieurs fois de grandes bouffées d’air pour inonder ses muscles d’oxygène, il exécuta un petit saut en arrière, face aux fenêtres, et retint le filin fermement entre ses doigts gantés pour stopper sa chute. L’instant suivant, aidé par la force centrifuge, Jonah faisait irruption dans ce qui semblait être le séjour d’une suite autrefois luxueuse, brisant le verre de la vitre avec fracas en dispersant ses fragments un peu partout et se réceptionnant avec un roulé-boulé très perfectible.

Le fidjien n’eut pas à se concentrer bien longtemps pour capter les pensées subitement affolées des quatre occupants, et il capitalisa très rapidement sur l’effet de surprise qu’il venait de s’octroyer. Son poing chargé d’électricité s’abattit sur la mâchoire du sbire le plus proche, lui paralysant le cerveau à titre définitif, puis sa jambe alla tacler celle d’un deuxième garde dans une glissade brutale qui mit l’homme à genoux, à portée lui aussi d’un coup de gantelet qui lui brisa les os du visage. Soudain, Jonah perçut la victoire, le triomphe : des sentiments qui ne lui appartenaient pas et qui se traduisaient donc par un danger immédiat. Le troisième sbire, sur le côté derrière un fauteuil, l’avait en joue et s’apprêtait à tirer avec son semi-automatique. Réagissant sans même voir la menace de ses yeux, le fidjien roula derrière le canapé tout proche en ramassant l’arme de l’une de ses précédentes victimes au passage et sentit presque les balles siffler derrière son casque. Ne laissant pas le temps à son assaillant de réfléchir ou de se repositionner, Jonah reparut aussitôt de l’autre côté du canapé, brandit l’arme dont il s’était emparé et tira un coup unique, qui atteignit son but entre les deux yeux de sa cible. Plus de gardes. Mais la partie à la fois la plus pénible et la plus satisfaisante de la soirée allait seulement commencer : Oyama, ayant profité du répit offert par ses sbires, venait de se barricader à la vitesse de l’éclair dans l’ancienne chambre de la suite, transformée en bureau.

« Attends un peu sale fils de pute ! Tu sais pas à qui tu viens d’t’attaquer, dans deux minutes, mes potes au cartel seront là pour étaler tes tripes par terre ! »

* D’accord, deux minutes * pensa brièvement Jonah.

La tirade du modeste baron du crime ne s’arrêta pas là et continua à couler tel un flot ininterrompu d’injures et de menaces, qui n’impressionnèrent pas une seconde le fidjien. Son esprit tourné tout entier dans les pensées d’Oyama, afin d’anticiper ses prochains faits et gestes, il décrocha de son ceinturon un petit paquet en plastique, se saisit d’une petite puce électronique et la ficha dans le paquet d’un coup sec. Jonah alla ensuite délicatement poser le paquet adhésif sur les gonds extérieurs de la double porte derrière laquelle se terrait Oyama, puis recula prestement pour se mettre à couvert derrière l’ameublement. Un petit *clic* plus tard, alors que la proie du fidjien continuait à débiter ses injures, une vive explosion tonitruante mais à l’aire d’effet contenue coupa court à toutes palabres et créa un trou béant dans le mur et la porte qui la jouxtait. La poussière n’avait pas encore fini de retomber que déjà, Jonah s’avançait au-dessus d’Oyama qui, sonné, avait laissé son arme lui échapper à quelques mètres sur le côté. En dépit de sa situation précaire, sitôt revenu à peu près à lui, il continua à afficher un air condescendant et amusé.

« T’as pas idée… de la merde où tu t’es fourré, enfoiré... »

Moins intéressé par les non-sens qui sortaient de la bouche de sa proie que par l’appât du gain, Jonah détailla du regard la pièce autours de lui et trouva rapidement ce qu’il cherchait, ce que ne manqua pas de remarquer Oyama.

« Quoi, c’est la thune que tu veux ? Bouffon ! Tu me sortiras pas d’ici vivant, et encore moins avec ça !
- Ça me semble évident. Sauf… que je ne suis pas un Héro. »

Oyama eut à peine le temps d’écarquiller les yeux devant le canon encore chaud du pistolet que Jonah venait de braquer sur lui. Une détonation plus tard, une partie du cerveau et du crâne explosé du feu criminel se trouvait étalée sur le sol jonché de débris.

* Des balles à tête foreuse, intéressant *

Le fidjien savait que sa proie n’avait pas bluffé quant aux renforts du cartel, mais il avait déjà tout ce dont il avait besoin pour mettre son plan à exécution : arrachant d’un coup sec et violent l’oeil gauche d’Oyama, il se hâta d’aller le placer en face du lecteur optique dont était équipé le coffre fort au fond de la pièce pour en déclencher l’ouverture. Sans même porter attention à la somme exacte de liquide qui se trouvait là, il la chargea dans le sac qu’il avait conservé compacté dans son dos et le hissa sur son épaule une fois fermé. Inutile d’espérer sortir du bâtiment par les accès conventionnels, à présent, surtout s Jonah tenait à « signer » sa prestation à l’aide du cadavre encore chaud d’Oyama. Mais pour échapper aux cohortes de gangsters qui se trouvaient probablement déjà dans le périmètre, le fidjien avait déjà une idée bien arrêtée. Traînant d’une main la dépouille de sa proie, le chasseur casqué l’approcha de la baie vitrée brisée et récupéra de filin en acier de sa main libre pour l’accrocher au système de poulie miniature fixé à son ceinturon. Ainsi harnaché, il chargea le corps sur son dos en une prise solide et se jeta dans le vide, chargé comme une mule. Jonah perçut un à-coup inquiétant provenant sans aucun doute de l’exhausteur auquel était fixé le filin, aussi ne tarda-t-il pas à activer la poulie pour se tracter lentement mais sûrement jusqu’au toit d’où il avait sauté plus tôt.

L’ascension lui parut durer une éternité, en proie au vide qu’il était, mais toute la chaîne tint bon jusqu’au bout. Et avec ce dernier succès d’une longue série, le voilà qui était en possession d’un petit pactole ainsi que d’un message à l’attention des forces de l’ordre, en la personne d’Oyama Hidetaki.

De rien. Mais surtout, ne vous mettez pas en travers de ma route. -
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