Les réminiscences incisives du funeste passé [solo]
header

Partagez|

Les réminiscences incisives du funeste passé [solo]

Kobayashi Sora
Enseignant de Yuei
avatar
Surnom : La Gorgone Blanche
Profession : Bibliothécaire
Rang : A
Yens : 210
Alignement : Juge
Les réminiscences incisives du funeste passé [solo] || Ven 6 Juil - 0:11


Le jour s'était levé et le ciel avait quémandé à l'astre du jour de déployer ses rayons de braise sur l'épiderme nu d'une terre en quête de lumière. Débarrassé des nuages qui avaient fait écran quelques jours plus tôt, le soleil continuait de fronder l'ozone pour administrer des ultra-violets puissants et impériaux sur toute la surface du globe. Pour autant, c'était encore le mauvais temps dans l'esprit du vieux Sora : son moral souffrait d'un nuage noir qui avait colonisé tous les soleils de sa vie et, dans le silence lugubre de la bibliothèque, il s'enfermait dans le souvenir.

Le passé est cette chose lancinante si la lame qu'on a aiguisé en le parcourant l'a été avec les pierres du regret. Il s'avère que plus les fautes sont lourdes, plus cette lame intemporelle est incisive pour l'âme torturée qui a parcouru les décennies comme on traverse les fleuves. Où passe donc le doux temps de l'enfance, de l'insouciance mariée à l'innocence pure en jouant sur les dalles coloriées de toutes les saveurs du monde ? Il s'avère qu'en courant sur cette terre du temps, on renverse sans s'en rendre compte le terrible sablier qui, en se retournant, laissent tomber toutes ces saveurs vers un autre espace inaccessible. S'agît-il du passé ? S'agît-il destin après la mort ? En tout état de cause, force est de constater que plus ce temps passe, plus la flamme de la vie et de la joie s'étiole. Les vieux se retrouvent toujours seuls, même s'ils sont bien entourés. Pire : plus il y a de monde, plus cette solitude prend de l'épaisseur.

Sora était souffrant mais cela n'avait rien de physique à vrai dire. Il avait, pour reprendre l'expression populaire, le moral à zéro. Il songeait à sa femme. Veuf, il ne pouvait que l'imaginer. Depuis qu'elle était morte de chagrin, il s'était enfoncé encore plus profondément dans les précipices du désespoir. Pourquoi avait-il fallu qu'il perde son dernier fils, assassiné par les deux premiers ? Pourquoi ces derniers, qu'il avait élevé avec le plus grand amour, avaient viré du côté obscur ?

Sa seule source de réconfort était Yasua, sa seule fille, sa bien-aimée, son coquelicot. La Gorgone Rouge avait été une peste quand elle était jeune : en grandissant, elle s'était épanouie comme une belle rose sanguine et il n'était pas peu fier des prouesses qu'elle pouvait réaliser. Il songeait que fut un temps, il était lui aussi de ces grands héros qui faisaient un tabac dans la presse.

Il n'était plus qu'une légende à présent. Un mythe enterré sans doute un peu trop tôt. La Gorgone Blanche n'était plus, elle avait été remplacée par les deux Gorgones Noires et la Rouge. Pour autant, aucun d'eux ne valait le père ou du moins pas encore.

Il en avait vu des choses, le vieux Sora.

Soudain, alors qu'un élève se levait pour aller jeter une page de son cahier, visiblement insatisfait de son réveil, il retrouva un débris de mémoire qu'il avait presque perdu de vue. A l'époque, sa femme et son dernier fils étaient encore en vie. Ses deux aînés avaient déjà tourné la veste pour emprunter la voie du chaos, mais le reste de sa famille se portait bien. Déjà à cette époque, il avait ressenti ce mélange de haine et d'amour pour ses deux premiers fils, mais il ne se doutait pas jadis que cela prendrait une telle ampleur.

Il travaillait encore à Tsukeru quand un jour, il avait reçu un coup de fil. C'était une nuit d'hiver. Le froid s'était immiscé entre les murs de l'agence et avait conquis ses habitants, mordant la chair à travers les couches de vêtements dont ils s'étaient parés pour se protéger de cette emprise glaciale. Il était assis sur une chaise retournée (une vieille tradition de vétéran que de mettre sa chaise à l'envers : les barreaux de cette dernière faisaient écran et évitaient au guerrier d'être pris au dépourvu) et il avait glissé sa lame sur une table pour l'aiguiser. Le frottement répétitif de la pierre contre l'acier faisait un bruit strident qui devenait insupportable au fil du temps, mais du temps Sora en avait à revendre, et il avait la patience de le laisser passer. Au gré de cet inlassable labeur, il avait laissé le jour s'endormir et la nuit ouvrir ses voiles : c'est là qu'il était le plus compétent et donc le plus actif. Territoire privilégié des espions dans son genre, le moment nocturne lui offrait à la fois une atmosphère de féérie mais aussi une discrétion propice et salutaire. Ce coup de fil n'arrivait pas par hasard.


- - -


"Usagi Yojimbo à l'appareil. A qui ai-je l'honneur ?" avait-il immédiatement énoncé en décrochant. A l'époque, il portait encore son véritable nom. Depuis, de l'eau avait coulé sous les ponts et pour préserver son intégrité, il avait changé de visage : le nom de Kobayashi Sora était un nom d'emprunt.

Alors qu'il avait son cellulaire contre l'oreille et qu'il tenait sa lame de l'autre main, prête à être frottée encore et encore, il attendait qu'une voix vienne poindre dans le combiné, attentif à tout ce qui allait être dit. Un long moment de silence s'installa toutefois, soulevant son petit lot d'angoisse, jusqu'à ce qu'une voix étrange se mette à parler. "Je t'ai retrouvé, Yojimbo. Où devrais-je dire, la Gorgone Blanche ?"

Cette déclaration le fit pâlir. Il ne connaissait pas ce timbre ni ne savait à quoi s'attendre venant de cet inconnu. Immédiatement, il regarda autour de lui. La pièce était vide et il était resté seul dans cette appartement secret de l'agence. Quelqu'un avait réussi à découvrir son numéro professionnel, mais qui ?

"Je répète ma question : à qui ai-je l'honneur ?" fit-il comme pour exhorter l'individu à révéler son identité. "M'aurais-tu déjà oublié, Yojimbo ?" fit l'autre pour seule réponse. "Sache que la cicatrice sur mon torse ne t'a pas oublié, elle."

Il lui fallut un moment de réflexion mais rien n'aboutissait à lui donner une réponse ou ne serait-ce même qu'un indice. Sa lame avait glissé sur beaucoup de corps durant sa carrière, et il lui était presque impossible de deviner à qui il avait affaire. "Puis-je vous aider ? Que me voulez-vous ?" fit-il en feignant l'indifférence face à cette déclaration.

"Tu me donnes envie de vomir, misérable. Tu m'ignores encore. Malheureusement pour toi, maintenant que je sais qui tu es, je sais aussi qui t'entoure et je ne tarderais pas à mettre la main sur tes enfants. Toute ta petite panoplie de Gorgones va mourir sous mes crocs si je ne parviens pas à mes fins. Retrouve-moi demain sur le pont de la rue Okimura. A 03h00. Viens seul. Ne trahis pas ma confiance. Je détiens une information qui pourrait coûter la vie à tes trois fils et ta fille. Ainsi qu'à ta femme. A bon entendeur. Biiiip biiiiiip."

Il resta un long moment l'oreille collée contre son combiné. Il ne craignait pas d'affronter un criminel, bien qu'il s'agissait clairement d'une embuscade. Mais qui pouvait prétendre que l'information n'avait pas déjà tourné ?
Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» [ Passé ]La bataille du Mont Gundabad
» Le reflet du passé [Terminé]
» Pour l'histoire , que s'est-il passé en 1994 entre le Dr Theodore et Lavalas
» Quelques interventions de Nickie dans un passé ...recent.
» Il est de retour ... Mais que s'est il passé depuis 3ans

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Dawn of Heroes :: Yuei :: Deuxième étage :: Bibliothèque-
Sauter vers: